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[FR] La vie quand elle était à nous - Marian Izaguirre

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Titre : La vie quand elle était à nous
Auteur : Marian Izaguirre
Titre original : La vida cuando era nuestra (espagnol)
Traducteur : Séverine Rosset
Éditeur : Albin Michel
Date de publication : 2013 (octobre 2015 pour la traduction française)
Pages : 398
 

* Quand tu te sens seule, lis un livre… Ça te sauvera. *
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"Quand le vie était à nous"... Lola regrette le temps où son existence était peuplée de promesses et d'illusions, de livres et de discussions enflammées, d'amour et de projets pour bâtir une Espagne démocratique. L'espoir de 1936.

Quinze années ont passé et ses rêves se sont envolés. Il ne lui reste de cette époque, à elle et à son mari Matías, q'une petite librarie-papèterie dans les ruelles sombres d'un quartier de Madrid. C'est dans ce modeste lieu de résistance culturelle que Lola fait la connaissance d'Alice, une anglaise dont elle partage la passion pour la littérature. Intriguée par un livre en vitrine, Alice entraîne Lola dans une lecture singulière et bouleversante : La fille aux cheveux de lin, l'histoire de Rose, Anglaise comme elle, soupçonnée d'être la fille du duc d'Ashford...
Des paysages de Normandie à l'Angleterre de la première guerre mondiale, du Paris des années folles à l'Espagne des Brigades internationales, la romancière Marian Izaguirre nous entraîne dans un véritable voyage à travers la littérature, vibrant hommage à la force des mots. 

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* Le premier baiser ne se donne pas avec la bouche mais avec le regard. *



Lorsqu’Alice, une vieille femme anglaise, découvre une petite librairie madrilène, elle est loin de se douter à quel point sa vie va changer. Guidée par son amour de la littérature, elle se lie d’amitié avec Lola, la femme du libraire. Ensemble, elles découvrent petit à petit La fille aux cheveux de lin, l’histoire de Rose, une jeune anglaise qui est la fille illégitime du duc d’Ashford, une lecture poignante, particulièrement dans le contexte de l’après-guerre civile. 
Dans ce roman entraînant qui rend hommage aux grands auteurs, les histoires des personnages se mêlent et se démêlent au fil des rencontres inattendues. D’un côté, nous avons Alice, cette vieille femme anglaise réfugiée en Espagne, qui fait la connaissance de Lola et Matías, un couple de libraires s’efforçant de se relever après la guerre qui a ravagé leur pays ; de l’autre, Rose, cette jeune fille pleine de vie d’origine anglaise, mais au cœur parisien, qui mène une vie passionnante, mais si particulière. C’est donc la vie d’un couple espagnol, celle d’une vieille dame anglaise et celle d’une jeune fille anglaise qui m’ont apparemment rien de commun, mais qui finiront par se rejoindre.
Au fil des pages, le lecteur est entraîné de l’Espagne franquiste à la Normandie, en passant par Paris et par l’Angleterre avant et pendant la Première Guerre mondiale. Il fera connaissance de personnages très différents les uns des autres, mais tous très attachants et hauts en couleurs. Chacun a sa propre histoire, que nous découvrirons petit à petit, et qui nous aideront à comprendre les enjeux d’une époque très particulière et extrêmement riche en évènements historiques.
En toile de fond, nous retrouvons toujours la littérature. De nombreuses citations ou références à de grands – et moins grands – auteurs sont faites dans le roman, et la plupart des personnages ont, d’une manière ou d’une autre, une relation particulière avec les livres. Parmi les personnages, nous rencontrerons un certain nombre de lecteurs, bien entendu, mais aussi des auteurs et des traducteurs de différentes nationalités. Ce melting-pot de cultures ajoute une touche de romantisme discrète à l’histoire.
L’écriture est fluide, les dialogues rythmés et les descriptions vivantes. Les pages se tournent toute seules, car on a envie de découvrir l’histoire de Rose, ainsi que les conséquences que va avoir cette lecture pour Lola et Alice. Le genre du roman est difficile à définir ; entre biographie, récit historique et romantisme, ce livre ne ressemble à aucune de mes lectures passées.
Si son point fort est sans conteste la richesse des personnages, il y a tout de même un aspect qui ne m’a pas parfaitement convaincue ; même si le suspense n’est pas le point le plus important d’un tel roman, l’auteur aurait à mon sens pu créer davantage un effet de surprise. Peut-être est-ce mon imagination débordante, mais j’ai dès les premières pages éclairci une bonne partir du mystère... ce qui n’a en aucun cas gâché mon plaisir à découvrir la suite, mais certains lecteurs pourraient peut-être ressentir une légère déception à ce sujet.
Cette lecture a été un véritable coup de cœur, que ce soit du point de vue de l’écriture, du récit ou des personnages. Je remercie chaleureusement les Éditions Albin Michel et Babelio pour cette nouvelle édition des masses critiques, qui m’a permis de découvrir une œuvre magnifique que je recommande à tous les amoureux de la littérature !

 
Livre reçu dans le cadre des Masse critiques de Babelio




[EN] The Light Between Oceans - M.L. Stedman

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Title: The Light Between Oceans
Author: M.L. Stedman
Publisher: Black Swan
Release date: 2012
Pages: 461

 

* You could kill a bloke with rules, Tom knew that. And yet sometimes they were what stood between man and savagery, between man and monsters. The rules that said you took a prisoner rather than killed a man. The rule that said you let the stretchers cart the enemy off from no man's land as well as your own men.*
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A boat washes up on the shores of a remote lighthouse keeper's island. It holds a dead man and a crying baby. The only two islanders, Tom and his wife Izzy, are about to make a devastating decision.
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 * And Janus Rock, linked only by the store boat four times a year, dangled off the edge of the cloth like a loose button that might easily plummet to Antartica.*



In the Australian post-war world, life goes on. People who experienced the Great War directly or indirectly try and go on with their life although nothing will ever be the same. In Point Partageuse, situated on the western part of the continent, there are few men and the prospects are rather dull for young girls. However, when Isabel meets Tom Sherbourne, a young and handsome young man who has just come back from the battlefield, she is convinced that everything is about to change. She decides to marry him and they begin a new life together for the better and for the worse. The first part sets the background for the story and the characters relationship. It is a good introduction including historical facts, geographical details and personal information about the characters.
Tom is lighthouse keeper on Janus, so Isabel follows him, but life on Janus is lonely and harsh. Like the characters, the reader will experience mixed feelings about this place, at the same time beautiful and threatening, magical and oppressive. Page after page, we discover what it means to be a lighthouse keeper and live outside the world all year round, apart from a yearly visit on the continent. Isabel and Tom live for the Light and for their mutual love, but things do not always go as expected… and people sometimes make bad decisions. When they find a boat holding a baby and a dead man, Tom and Isabel have to make a decision which is about to change their lives forever… and that of many other people as well.
The second part of the book takes place on Janus. The rhythm is rather slow and we can feel the loneliness and the repetitiveness of the life on the small island. We also get to know the characters and the developments of their relationships, which slowly deteriorates until the ‘day of the miracle’: the day on which the boat was washed up on the shore. The moment is miraculous in Isabel’s eyes, but wretched in Tom’s eyes. They have to make a decision, but no option seems right. M.L. Stedman describes beautifully the dilemma they face and their existential thoughts: what is right? What has to be done in the baby’s interest? How to respect one’s duty without destroying someone else?
The third part takes place back on the continent after everything collapsed. Although we felt something would eventually go wrong, it is heart-rending to see it happen. The characters are kept apart and each of them has got its own way of responding to grief. For their part, the readers are torn between two sides. We want to hate the characters who caused so much harm, but we understand them so well all the same that we end up confused. Like we knew that Tom and Isabel’s decision was a bad decision, we know the story cannot have a happy-ending, but cannot help hoping for one.
The Light Between Oceans is a very moving novel which you will either love or hate. There is no in between. The plot might seem too predictable and the characters too stereotypical to be realistic, but it raises important questions which can touch just about anybody. The author’s style is fluid and precise and we can see it evolve along the pages. The first part is rather factual and descriptive and it is rather difficult to know what the characters really feel, which creates a little suspense. In the third part, however, we discover the whole range of emotions felt by the various characters… and it will be difficult not to shed a tear. I recommend this novel to those who like beautiful if sad stories and want to discover a different kind of life.



[FR] Paradis (avant liquidation) - Julien Blanc-Gras

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Titre : Paradis (avant liquidation)
Auteur : Julien Blanc-Gras
Éditeur : Le Livre de Poche
Date de publication : 2013
Pages : 188
 

* De fait, les Kiribati ne produisent qu'une portion négligeable des gaz a effet de serre. De fait, elles sont, avec Tuvalu et les Maldives, autres nations coraliennes, les premières exposées sur la ligne de front du réchauffement. *
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Il y a des pays en voie de développement et des espèces en voie de disparition. La république des Kiribati est un pays en voie de disparition. Perdu au milieu de l'océan Pacifique, ce petit paradis semble promis à l'engloutissement par le changement climatique. J'ai organisé ma vie autour d'une ambition saugrenue, le quadrillage méthodique de la planète. Moteur : toujours voir un pays en plus. Ce qui se profile ici, c'est un pays en moins. Je dois m'y rendre avant qu'il ne soit rayé de la carte.
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* Les chiens ont des propriétaires et la plage est propre. Quelque part dans cette direction se trouve un pays dont personne ne connaît le nom. Qui, de la Californie ou des Kiribati, disparaîtra en premier ?
Parmi les choses qui ont changé en di ans, je note l'apparition massive de smoke shops et l'explosion du nombre de sans-abi, jetés sur le pavé par la crise ou dépouillés de leur maison par les banques. je suis dans le pays le plus riche du monde et les SDF pullulent. Aux Kiribati, qui figurent tout en bas du classement, chacun a un toit.
Ce qui m'amène à ce cliché entendu mille fois à propos des régions où la misère serait moins pénible au soleil.
Ils sont pauvres, mais au fond ils sont plus heureux que nous.  




Les Kiribati, ces îles au milieu de l’océan, à l’autre bout du monde. Un petit bout de paradis, en apparence, mais la réalité est toute autre : même si c’est un des pays les moins industrialisés du monde, c’est celui qui souffre le plus directement du changement climatique, à tel point qu’il risque de disparaître dans un futur qui n’est pas si lointain. C’est justement la raison qui a motivé Julien Blanc-Gras à s’y rendre pour partager ses aventures, avant que les îles ne soient englouties.
Ce récit de voyage est comme une ribambelle de cartes postales ; on découvre une multitude de tableaux qui nous montrent différents aspects de la réalité à l’autre bout du monde. Grâce à des épisodes de quelques pages, l’auteur nous donne un aperçu qui se révèle très complet de la vie des Gilbertins, de la politique aux paysages, en passant par les traditions, l’histoire, les croyances et, bien entendu, les problèmes environnementaux.
L’écriture est fluide et légère, mais le fond n’en donne pas moins matière à réfléchir. En apprenant à connaître cette population au mode de vie si différent du nôtre, comment ne pas s’interroger sur les effets du changement climatique et sur la responsabilité des pays industrialisés dans ce processus ? Chez nous, on en parle constamment, mais cela reste abstrait ; aux Kiribati, les effets sont directement perceptibles, mais on fait preuve d’une sorte de fatalisme. L’eau monte, la surface émergée diminue, les maisons et digues sont fréquemment inondées et détruites... mais on n’a pas les moyens de remédier au problème.
Bien que la question du changement climatique reste présente tout au long du livre, Julien Blanc-Gras ne devient pas insistant pour autant. Il nous raconte son séjour et ses voyages sur les îles Kiribati et les différentes expériences qu’il y fait ; il décrit des rencontres avec un éventail de personnes très différentes, qui apportent toute leur contribution à son récit ; et il explique comment la population la plus isolée du monde s’est développée à sa manière, avec un décalage qui lui donne un certain charme malgré les problèmes et les contradictions existant.
Le récit est chronologique, ce qui nous permet d’en apprendre petit à petit sur la population locale et le système administratif et politique du pays. Les détails arrivent au milieu d’épisodes touchants, humoristiques et captivants, nous donnant à chaque page l’impression de partager les aventures de l’auteur.
Paradis (avant liquidation) est pour moi un véritable coup de cœur, tant du point de vue de la forme que du contenu. Même si les îles Kiribati ne sont pas le paradis auquel on pourrait s’attendre, c’est un lieu qui vaut la peine d’être découvert et étudié, en raison de sa situation géographique tout à fait particulière et de tout ce qui en découle... et qui sait, peut-être prendra-t-on finalement conscience des véritables conséquences du changement climatique.
Je remercie du fond du cœur le Livre de Poche, qui m’a permis de découvrir ce récit magnifique grâce au partenariat du Camion qui livre. Ma chronique a tardé à être publiée, mais j’avais besoin de temps pour réfléchir à ce que j’avais lu et vous transmettre à quel point j’ai adoré cette lecture ! J’espère vous avoir convaincus !
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* En bref... * 
Pendant ce temps, à l’autre bout du monde…

Paradis (avant liquidation) est le récit du voyage que Julien Blanc-Gras a fait aux îles Kiribati. Sa motivation ? Visiter le pays avant qu’il ne disparaisse ; en effet, le niveau de l’eau monte en raison du changement climatique et la surface émergée diminue chaque année... même si les îles Kiribati sont un des pays les moins industrialisés du monde.
Avec le problème environnemental en toile de fond, l’auteur nous fait découvrir l’histoire, la politique, les paysages et les traditions de ce pays isolé grâce à de courts épisodes de quelques pages qui font penser à des cartes postales. Au gré des rencontres de l’auteur, on fait connaissance avec la population locale, ses problèmes et son mode de vie, et on en vient à s’attacher à ce lieu qui n’est pourtant pas aussi paradisiaque qu’il y paraît. Un véritable coup de cœur, à lire absolument !







[FR] Les fantômes du Delta - Aurélien Molas

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Titre : Les fantômes du Delta
Auteur : Aurélien Molas
Éditeur : Le Livre de Poche
Date de publication : 2012
Pages : 596
 

* À présent, les torchères de l'exploitation embrasaient la nuit comme d'immenses phrares, crachant des couleurs qui retombaient en lambeaux sur la surface, teintant le fleuve de rouille et d'écarlate. Portée par la brise, les humeurs salines de l'océan Atlantique se mélangèrent aux vapeurs de pétrole, de gaz et à l'odeur fétide des égouts d'Onitsha et des stations d'épuration de Port Harcourt. Le Niger, la troisième veine du continent, n'était plus, avant son embouchure, qu'une hémorragie s'écoulant mollement vers les plages. *
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Le Delta du Niger, l'enfer sur terre. Un endroit dévasté par les marées noires des compagnies pétrolières, la famine et la violence de la guérilla. 
Benjamin Dufrais et sa collègue Megan, membres de Médecins sans frontières, tentent de lutter contre la malnutrition et d'aider les réfugiés. Mais ils se retrouvent pris dans la tourmente d'intérêts géopolitiques qui les dépassent. L'enjeu ? Une fillette dont l'ADN peut changer le monde. Chacun veut mettre la main dessus. Face au cynisme des multinationales, que pèsent les idéaux de deux médecins humanitaires bien décidés à ne pas les laisser faire ? 
Éloge à l'espoir, fresque épique tout autant que thriller, ce second roman confirme le talent d'Aurélien Molas. 
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* Joliba en mandingue.
Isa ber en songhaï.
Ngher en touareg.
Le Niger, le plus beau fleuve du monde, la mémoire de l'Afrique.
Prenant sa source dans les monts de Loma, il sinue sur quatre mille kilomètres, emportant dans son courant les langues et les coutumes, avant de rendre l'âme et de se fondre dans les hautes eaux du golfe de Guinée. Contaminé jusqu'à la vase par l'Histoire, il a traversé les siècles, porté les espoirs de fortune des colons britanniques et français, bercé des rêves d'indépendance et de révolte. C'était en le survolant que Taiwo Akinkunmi avait eu l'idée de composer le drapeau du Nigeria.
Un bande blanche encadrée de vert.
Un symbole de paix et d'unité. 


Décollage pour le Nigéria, où Aurélien Molas nous plonge dans une intrigue palpitante avec, en toile de fond, les sombres évènements politiques qui ont marqué le pays entre 2003 et 2010. Lorsqu’une équipe de Médecins sans frontières procède à une mission dans un orphelinat isolé, ses membres se rendent bien vite compte qu’on leur cache quelque chose, mais ils n’ont pas le temps de s’interroger car le bâtiment est soudain attaqué : commence alors un combat sans merci qui s’articule autour d’une enfant mystérieuse, la petite Naïs, que tout le monde s’arrache.
Tel un journaliste, l’auteur nous dépeint un paysage noir, un lieu de désolation et de corruption où les intérêts liés au pétrole déterminent tout. Les premiers chapitres posent le cadre du roman, que ce soit son atmosphère pesante, ses personnages fouillés ou le contexte géopolitique. Le point de vue change et le récit se mêle aux extraits de journaux, donnant un rythme de plus en plus soutenu à l’histoire.
Les personnages sont nombreux, mais ont tous une personnalité bien développée ; certains sont attachants, d’autres repoussants, mais il est impossible de rester indifférent. Et, bien entendu, la petite Naïs ne cesse d’intriguer. Pourquoi le gouvernement et les révolutionnaires veulent-ils à tout prix mettre la main sur elle ? On aimerait bien le découvrir, tout comme les médecins qui se sont donné pour mission de la protéger.
Les personnages principaux – Benjamin, Megan et Jacques – sont une des originalités qui font la force de ce livre. Ce ne sont pas des policiers, ni des détectives ou des journalistes, mais des médecins avec différentes motivations, partis sur un autre continent pour réaliser une mission humanitaire. Malgré leur dévouement et leur désir d’aider la population victime de malnutrition et de diverses maladies dues aux conditions de vie du pays, ils se retrouvent confrontés à une violence qu’ils étaient loin d’imaginer. Les meurtres et la corruption sont monnaie courante pour parvenir à ses fins, et personne n’est à l’abri. Au fil des pages, le lecteur découvrira une dure réalité et ressentira la même peur que les personnages.
L’intrigue est menée de manière admirable et le rythme est un parfait équilibre entre les scènes de suspense, les informations factuelles nécessaires à notre compréhension et les éléments biographiques des différents personnages. Le tout s’enchaîne naturellement, et on remarquera sans peine la qualité des recherches menées par l’auteur, qui mêle des faits historiques réels à la fiction.
L’écriture est très évocatrice et nous entraîne sur les traces des médecins, bien décidés à rendre le monde meilleur, ou au moins à ne pas laisser le mal régner. Seul petit détail que je critiquerais : le résumé de la quatrième de couverture, qui en dit trop sur les protagonistes à mon goût. Le suspense nous accompagne néanmoins tout au long de l’histoire ; nous voulons tout d’abord découvrir le secret de Naïs, puis savoir comment ce combat sans merci entre les révolutionnaires, le gouvernement et les médecins va se passer.
À mi-chemin entre un thriller psychologique, un roman géopolitique et une aventure haletante dans un pays inconnu, Les fantômes du Delta est un chef d’œuvre qu’il est impossible de lâcher avant la dernière page. La réalité à laquelle nous sommes confrontés est sombre et triste, mais on ne peut s’empêcher, aux côtés des Médecins sans frontières, de continuer à espérer. Et si, malgré le gouvernement corrompu, les multinationales qui ne pensent qu’au pétrole et les révolutionnaires désespéré, il y avait une solution pour que l’histoire se termine bien ?
Je remercie Le Livre de poche pour l’organisation du Prix des lecteurs 2014, dans le cadre duquel j’ai reçu ce roman.
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http://prixdeslecteurs.livredepoche.com/


* En bref... * 
Plongée au cœur du Nigéria...

À mi-chemin entre un thriller psychologique, un roman géopolitique et une aventure haletante dans un pays inconnu, Les fantômes du Delta est un chef d’œuvre qu’il est impossible de lâcher avant de connaître le fin mot de l’histoire. Quel est le secret de la petite Naïs, que le gouvernement et les révolutionnaires s’arrachent ? C’est ce qu’aimerait découvrir l’équipe de Médecins sans frontières en mission dans ce pays corrompu par le pétrole, qui s’est donné pour tâche de la protéger.
Aurélien Molas nous offre un livre original, mêlant suspense, faits historiques réels et fiction. Il varie les points de vue et inclut des articles de journaux mettant en place le contexte politique, ce qui donne une très bonne dynamique à l’intrigue. L’écriture très évocatrice met en scène la violence crue des différents intéressés. Les nombreux personnages ont leur propre personnalité, soit repoussante, soit attachante et, au fil des pages, la tension augmente alors qu’on se rend compte que les médecins évoluent dans un monde impitoyable où personne n’est à l’abri. Pourtant, on ne peut s’empêcher d’espérer avec eux...





[FR] Désordre - Penny Hancock

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Titre : Désordre
Titre original : Tideline (anglais UK)
Auteur : Penny Hancock
Traducteur : Julie Sibony
Éditeur : Le Livre de Poche
Date de publication : 2013 (traduction française), 2011 VO
Pages : 430
 

* Écoute bien, dis-je en m'asseyant au bout du lit. À marée basse, tu peux entendre l'eau sur les galets. Ça fait comme un rythme constant en arrière-plan. Mais quand elle est haute, les bruits peuvent te surprendre à l'improviste. Tu n'as pas entendu le ponton ? Quand il bouge, on dirait en enfant qui pleure. Et il y a le soudain crescendo des vagues chaque fois qu'un bateau passe. Le va-et-vient des marées est un rythme cyclique, comme la vie elle-même. Il nous rapelle que rien ne dure jamais. Mais, en même temps, que tout ce qui s'en va revient sous une forme ou une autre. *
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Sonia, la quarantaine, mène une vie solitaire dans sa jolie maison des bords de la Tamise. Greg, son mari, est souvent en déplacement. Kit, leur fille, est partie à l'université. Pourtant, alors que Greg la presse de le rejoindre, Sonia se sent incapable de quitter la maison où elle a grandi et où, adolescente, elle a connu les émois les plus purs.
Lorsque Jez, 15 ans, le neveu de son amie Helen, frappe à sa porte pour lui emprunter un disque, Sonia décide de ne plus le laisser partir. Prise d'une pulsion inexplicable, et obsédée par sa jeunesse, elle va le séquestrer.
La police, alertée par Helen, se lange alors dans une enquête qui prend vite un tour inattendu. À travers ce récit conjuguant les voix de deux femmes dans une tension extrême, Penny Hancock nous offre une terrifiante histoire de folie, digne du légendaire Misery de Stephen King.


La Tamise n’est pas un long fleuve tranquille ; la vie non plus. Sonia vit en pleine ville de Londres, dans la maison de son enfance, les Berges. Vu de l’extérieur, c’est le tableau parfait de la quadragénaire simple, avec une vie réussie ; vu de l’intérieur, c’est beaucoup plus compliqué. Qu’est-ce qui pousse Sonia à retenir le jeune Jez chez elle ? La solitude ? Le besoin d’être aimée et entourée ? La folie pure ? Ou les fantômes du passé qui ne cessent de la hanter ?
Désordre est le premier roman de Penny Hancock, un thriller psychologique prenant qui nous fera vivre le début de l’hiver à Londres, sur les bords de la Tamise. La rivière joue un rôle central dans le livre, présence menaçante pour le lecteur, mais rassurante pour l’héroïne. Elle en devient presque un personnage à part entière, tant elle prédit le danger. On le sent arriver, mais on ne peut l’éviter, car le courant nous porte inexorablement vers le désastre. C’est impossible qu’il en aille autrement, mais on ne peut s’empêcher d’espérer...
Notre protagoniste, Sonia, se livre peu à peu à nous, laissant transparaître une onde de folie que l’on essaie inconsciemment de s’expliquer. Les parties qui lui sont consacrés sont à la première personne, ce qui nous aide à entrer dans le personnage et les fréquents flashbacks, parfaitement intégrés à la trame, nous donnent envie d’en savoir plus. Peu à peu, nous découvrons les drames de la vie de Sonia, dissimulés sous des apparences parfaitement normales. C’est ce qui rend l’histoire aussi prenante : le fait qu’elle soit réaliste, qu’elle puisse se passer sans que personne n’en sache rien.
La perspective varie... Nous découvrons ainsi Helen, la tante de Jez, qui a elle aussi un rôle important à jouer. Nos deux héroïnes sont très différentes, mais toutes deux attachantes à leur manière. L’alternance de points de vue nous donne deux manières de voir les choses : la première, externe, est celle de la police et des personnes qui enquêtent sur la disparition de Jez sans avoir la moindre idée de ce qui lui est arrivé. La deuxième, interne, est celle de Sonia, qui est justement responsable de cette disparition. Ce qui est intéressant, et ajoute sans aucun doute de l’attrait et du suspense au roman, c’est que nous n’avons jamais l’avis de Jez. C’est le personnage autour duquel s’articule toute l’intrigue, mais on ne le découvre qu’à travers les yeux des autres personnages. Un choix curieux, mais indéniablement judicieux de la part de l’auteur.
Penny Hancock crée une atmosphère qui se fait de plus en plus étouffante, de plus en plus menaçante avec des descriptions très imagées. En arrière-plan, le fleuve nous accompagne, parfois calme, parfois déchaîné, au fil des courants et des marées. Le rythme fluctue lui aussi, avec un début plutôt lent pour bien poser le décor, puis une accélération progressive et une montée du suspense qui nous tiendront en haleine jusqu’aux dernières pages.
L’atmosphère est sombre et dérangeante, tout comme Sonia. Et pourtant, il semble impossible de détester l’héroïne tant le sort semble s’acharner contre elle, seule et démunie. Une détresse dissimulée sous les apparences, causée sans nul doute par les drames et désordres de sa vie passée et l’instabilité de son présent. Alors que son acte devrait susciter de la révolte ou du dégoût, c’est un mélange d’émotions contradictoires qu’éprouvera le lecteur, et ce n’est pas la fin ouverte qui résoudra ses états d’esprit.
Désordre est un magnifique premier roman. Très psychologique, il met en scène la folie d’une femme que la vie a usée. Avec ses descriptions imagées et la Tamise en toile de fond, ses protagonistes à la personnalité développée, ses changements de point de vue et sa montée de suspense et de tension, Penny Hancock nous entraîne dans une aventure londonienne haletante qui n’est finalement pas si éloignée de la réalité. Attention la folie nous guette !
Je remercie Le Livre de poche pour l’organisation du Prix des lecteurs 2014, dans le cadre duquel j’ai reçu ce roman.
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Roman reçu dans le cadre du Prix des lecteurs 2014 organisé par le Livre de Poche

http://prixdeslecteurs.livredepoche.com/


* En bref... * 
Un long fleuve tranquille?

Désordre est un thriller psychologique extraordinaire qui nous entraîne dans la ville de Londres avec, en arrière-plan, la présence constante et menaçante du fleuve. Avec des descriptions imagées, des changements de point de vue, des flashbacks, des personnages très développée et une montée croissante du suspense, Penny Hancock se sert de tous les outils dont elle dispose pour nous livrer une histoire entraînante et dérangeante. Attention, la folie nous guette !





[FR] Un avion sans elle - Michel Bussi

1 commentaire:

Titre : Un avion sans elle
Auteur : Michel Bussi
Éditeur : Pocket
Date de publication : 2012 aux Éditions Presses de la Cité
Pages : 573
 

* Lylie... Ce fut le commissaire Vatelier qui l'employa le premier, devant les journalistes. Pas mal trouvé, indéniablement. Si, finalement, les flics pouvaient se montrer romantiques. Tout comme Libellule, le prénom Lylie demeura. Un peu comme un diminutif affectueux. Ni Lyse-Rose, ni Emilie. Lylie... Une chimère, un être étrange composé de deux corps. *
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23 décembre 1980. Un crash d'avion dans la Jura. Une petite libellule de 3 mois tombe du ciel, orpheline. Deux familles que tout oppose se la disputent. La justice tranche : elle sera Émilie Vitral. Aujourd'hui, elle a 18 ans, la vie devant elle mais des questions plein la tête. Qui est-elle vraiment ?
Dix-huit ans que Crédule Grand-Duc, détective privé, se pose la même question. Alors qu'il est prêt à abandonner, la vérité surgit devant ses yeux, qu'il referme aussitôt, assassiné.
Il ne reste plus qu'un vieux carnet de notes, des souvenirs, et Marc, son frère, pour découvrir la vérité. 
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* - Et toi, tu t'appelles comment ?
- Je ne sais pas...
Judith se pinça les lèvres, comme si elle venait de poser une question trop indiscrète. C'était sans doute la première fois qu'elle croisait quelqu'un qui ne portait pas de om. Ele tenta de sourire à l'inconnue, comme lorsqu'elle essayait de réconcilier deux copines qui se disputaient.
- C'est pour ça que tu es triste, alors ? * 



Un avion sans elle est mon premier coup de cœur de l’année… et pas des moindres. C’est un roman policier extraordinaire qui m’a tenue en haleine jusqu’à la dernière page ; j’ai tout simplement été incapable de le lâcher avant de connaître le fin mot de l’histoire.
C’est le résumé de la quatrième de couverture qui m’avait d’abord attirée, il y a plusieurs mois de cela. Lors d’une tempête qui secoua le Jura dans la nuit du 23 décembre 1980, un avion s’écrase, ne laissant pour rescapé qu’un bébé de trois mois. Deux familles se disputent la miraculée, celle que les médias ont surnommé « Libellule », et les doutes subsistent, même après la décision du juge. Durant les dix-huit ans qui suivent le drame, le détective privé Crédule Grand-Duc enquête sur l’affaire, ne négligeant aucune piste, pour essayer de découvrir qui est véritablement Emilie Vitral.
Une histoire de famille – ou plutôt, de familles – une catastrophe, des secrets enfouis dans le passé et un détective privé déterminé à éclaircir le mystère : tous les ingrédients étaient réunis pour un bon polar, qui s’est finalement révélé être bien plus que cela. L’intrigue est très bien pensée, le rythme parfait pour conserver le suspense et les personnages intéressants, bien qu’un peu stéréotypés dans certains passages. Les relations qu’entretiennent les deux familles, avec Crédule Grand-Duc en intermédiaire, ajoutent une profondeur rare à l’intrigue, ce qui est extrêmement agréable pour un roman de ce genre.
Si l’intrigue elle-même peut paraître simple au premier abord, il ne faut pas oublier le contexte… et l’année où la catastrophe s’est produite. En effet, en 1980, les méthodes scientifiques n’étaient pas aussi avancées qu’aujourd’hui. Difficile d’imaginer résoudre un tel mystère sans l’ADN et les tests de paternités… et pourtant, la justice devait alors utiliser d’autres moyens pour parvenir à leur décision.
Les voix se mêlent pour nous conter l’enfance de Lylie, depuis le drame jusqu’à ses dix-huit ans. Les souvenirs de Marc Vitral, celui que la justice a désigné comme son frère, apparaissent en alternance avec le compte-rendu détaillé des années d’enquêtes que Grand-Duc a passées à rechercher la vérité. Le point de vue de plusieurs autres personnages nous est également brièvement offert ; qu’il s’agisse de Nicole Vitral, de Malvina, de Mathilde de Carville ou de Lylie elle-même, les différentes perceptions évitent que nous tombions dans le piège des gentils et des méchants. Chacun nous donne sa manière de voir les choses, son avis personnel, et c’est au lecteur d’interpréter et de ne pas se laisser manipuler.
Alternant le passé et le présent, avec même un petit aperçu du futur à quelques reprises, Michel Bussi trouve un équilibre parfait dans son récit. Au fil des pages, la tension monte et les doutes s’insinuent. Qui est vraiment Lylie ? Est-elle Emilie Vitral ou Lyse-Rose de Carville ? Toutes les pistes sont explorées de fond en comble, mais le lecteur est bien loin d’imaginer la surprise qui l’attend à la fin du roman. Un coup de théâtre qu’il me semble presque impossible de deviner, aussi fin limier que l’on puisse être.
Au-delà de l’intrigue policière pure, les relations entre les personnages sont une des forces de ce livre. Bien que l’enquête soit au premier-plan, on s’intéresse beaucoup à la psychologie des protagonistes, ce qui nous aide à comprendre leurs agissements et leurs motivations. Alors que l’histoire se développe, des questions sur l’identité, le bonheur en lien avec l’argent et la justice surgissent, donnant matière à réfléchir.
Un avion sans elle est un livre magnifique que je recommande à tous. C’est non seulement une intrigue policière exemplaire en termes de rythme narratif, de suspense et de coups de théâtre, mais c’est également un livre qui nous pousse à nous interroger sur des questions fondamentales.
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[FR] Le cœur d'une autre - Tatiana de Rosnay

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Titre : Le cœur d'une autre
Auteur : Tatiana de Rosnay
Éditeur : Le Livre de Poche
Date de publication : 2009 aux Éditions Héloïse d'Ormesson
Pages : 281
 

* Le professeur m'a appris un jour qu'un receveur voue une reconnaissance éternelle à son donneur. Mais je ressens bien plus qu'une simple reconnaissance envers Constance. Je lui dois la vie, et le goût de la vie. Commen lui dire merci, puisqu'elle n'est plus sur terre ? *
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Bruce, un quadragénaire divorcé un peu ours, un rien mysogyne, est sauvé in extremis par une greffe cardiaque. Après l'opération, sa personnalité, son comportement, ses goûts changent de façon surprenante. Il ignore encore que son nouveau cœur est celui d'une femme.
Mais quand ce cœur s'emballe avec frénésie devant les tableaux d'un maître de la Renaissance italienne, Bruce veut comprendre. Qui était son donneur ? Quelle avait été sa vie ? Des palais austères de Toscane aux sommets laiteux des Grisons, Bruce mène l'enquête. Lorsqu'il découvrira la vérité, il ne sera plus jamais le même. 



Mélangeant génétique et fiction, Tatiana de Rosnay nous entraîne sur les pas de Bruce Boutard après que, suite à une malade cardiaque, il ait reçu un nouveau cœur. Sa vie change alors du tout au tout et, persuadé que cela a un lien avec son donneur, il part sur les traces de cette inconnue qui lui réserve bien des surprises.
Comme toujours, la plume magnifique et fluide de Tatiana de Rosnay m’a entraînée dès les premières pages. Peu à peu, nous apprenons à connaître Bruce, un homme plutôt désagréable, inintéressant et toute à fait ordinaire. Une image un peu stéréotypée qui contraste fortement avec celui qu’il deviendra après sa transplantation. Les changements s’opèrent petit à petit, surprenant tout d’abord le lecteur avant d’interpeller le personnage lui-même.
Commence alors une enquête des plus intéressantes sur son donneur ou plutôt, sa donneuse. Quel choc pour cet homme fier et quelque peu phallocrate que d’apprendre que son cœur a appartenu à une femme. Pourtant, plus sa personnalité et ses goûts se révèlent différents, plus il a envie de découvrir celle qui lui a sauvé la vie. Entre l’Italie, la Suisse et la France ; entre l’art et l’amour, Bruce part sur les traces de cette femme mystérieuse dont il ne sait rien encore.
S’alternent alors les moments de suspense, les scènes romantiques et les instants touchants, alors que Bruce rencontre des personnages hauts en couleur, tous plus intéressants les uns que les autres : la jolie Joséphine, le mystérieux comte Valombra, son fils Mathieur, l’accueillant couple Weatherby, la taciturne baronne Landifer... et, bien sûr, indirectement, Constance, sa donneuse. Au premier abord, on peut avoir l’impression qu’un nombre de personnages aussi élevé pour un roman somme toute assez court est quelque peu exagéré ; ce n’est toutefois pas le cas. Chacun a sa propre personnalité, son importance, et apporte quelque chose au déroulement de l’histoire. De plus, ils sont introduits de manière si naturelle qu’on ne remarque même pas à quel point on s’attache à eux.
J’ai eu l’impression que Le cœur d’une autre était, en fait, plus l’histoire de Constance que celle de Bruce ; que si nous devions choisir le vrai héros, ce serait elle plutôt que lui. La part de mystère qui entoure cette jeune fille disparue m’a convaincue. Nous la découvrons peu à peu, au travers de Bruce, mais il y a toujours une part d’elle qui restera inconnue et inaccessible, tant pour les lecteurs que pour les autres personnages. Bruce, quand à lui, a rapidement changé de statut à mes yeux. Homme désagréable, il devient bien vite touchant et attachant. En raison de sa maladie ou de son nouveau cœur ? Au lecteur de décider.
Le mélange de considérations sur la médecine et de fiction m’a immédiatement séduite. Comme l’explique Joël de Rosnay, père de l’auteur et biologiste reconnu, dans sa préface, l’approche n’est aujourd’hui pas confirmée par la science. Et, pourtant, il est extrêmement facile d’y croire, de se laisser entraîner par le cœur du héros sur les traces de Constance. Pour cette raison, on peut lire le livre comme une simple fiction, mais l’histoire suscite également des questionnements très intéressants pour qui s’y arrête un instant.
En résumé, un véritable coup de cœur pour une histoire de cœur extraordinaire ! Une alliance de romance et de mystère, avec un peu de science en filigrane qui suscitera chez le lecteur toute une série d’émotion... et la fin vous fera peut-être bien verser une petite larme. À lire absolument.




[FR] Moka - Tatiana de Rosnay

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Titre : Moka
Auteur : Tatiana de Rosnay
Éditeur : Le livre de Poche
Date de publication : 2006
Pages : 272
 

* J'ai écouté tout cela, cette voix inconnue qui grésillait dans mon oreille. Un accident. Malcolm. Délit de fuite. Je n'arrivais pas à poser les bonnes questions.*
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Justine mène une petite vie tranquille entre son mari, ses deux enfants et son boulot de traductrice free-lance. Mais un mercredi après-midi, tout bascule. Un chauffard renverse son fils en plein Paris, et prend la fuite, à bord d'une berline couleur moka. Malcolm sombre dans le coma, l'enquête piétine. Seule contre tous - ou presque, Justine veut découvrir la vérité. Jusqu'au bout. Et à n'importe quel prix.



Moka... Un mot... Celui auquel Justine se raccroche depuis que son fils est dans le coma. C'est la couleur de la voiture appartenant au chauffard qui l'a renversé avant de prendre la fuite. Une fois de plus, Tatiana de Rosnay nous offre une perle de roman psychologique, à la fois fort, touchant et angoissant.
L'héroïne, Justine, est un personnage très attachant et réaliste. On suit sa recherche de la vérité, mais ce sont surtout ses sentiments qui sont intéressants: du désespoir à la rage, on voit comment cette mère de famille à la vie tranquille vit le drame qui a fait basculer son existence. Le coma de Malcolm suspend le temps, fait resurgir le passé et naître des problèmes. Mais autour d'elle, la vie continue : il y a sa fille, son mari, sa belle-mère, ses amis et ses connaissances. Et chacun a une manière bien à lui de réagir à un tel drame. L'auteur nous donne un aperçu extrêmement complet des conséquences qui peuvent découler d'un tel accident : difficultés professionnelles, familiales, relationnelles... Et bien sûr, le besoin de connaître la vérité.
Le lecteur comprend et ressent le sentiment d'impuissance de Justine, son besoin de mener son enquête personnelle, en parallèle à celle de la police, et son envie de venger son fils. Le suspense est gardé de manière subtile jusqu'au bout du livre, mélangé aux scènes sentimentales et touchantes. Tatiana de Rosnay utilise également sa double nationalité, le fait d'être "franglaise", comme on dit, pour ajouter de la richesse à l'histoire: on découvre la rencontre de deux cultures, leurs similitudes et différences et les difficultés que cela peut représenter pour les enfants.
C'est un roman magnifique, extrêmement touchant et où humour, sentiments et suspense sont répartis habilement! Tatiana de Rosnay dépeint parfaitement bien le portrait d'une mère dont la vie a basculé, mais qui refuse de perdre espoir... Un livre qu'on ne lâche pas avant d'en avoir tourné la dernière page.



[FR] Les fantômes de Century - Sarah Singleton

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Titre : Les fantômes de Century
Auteur : Sarah Singleton 
Titre original : Century (anglais)
Traducteur : Myriam Borel
Éditeur : Plon (jeunesse)
Date de publication : 2005 (Traduction française : 2006)
Pages : 283
 

* Un fantôme. Mercy voyait des fantômes, échos de ceux qui avaient quitté ce bas monde.*
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Mystère dans un manoir lugubre du XIXe siècle en Angleterre.
Deux jeunes soeurs, sous l'autorité d'une gouvernante revêche, y vivent dans une soumission absolue. Des fantômes mystérieux vont et viennent mais ne se montrent qu'à Mercy, l'aînée.
Un jour, un nouveau fantôme apparaît. C'est une jeune femme prise sous la glace du lac. Mercy, pour la première fois de sa vie, s'interroge: Qui sont ces fantômes? Pourquoi est-elle la seule à les voir? Qui peut l'aider à résoudre le mystère que leurs apparitions? Doit-elle faire confiance à sa soeur? Comment sortir du malaise et de l'oppression qu'elle ressent chaque jour davantage?




La propriété de la famille Verga est le cadre idéal pour un roman quelque peu gothique comme Les fantômes de Century. Au début de l'histoire, le manoir paraît réel et pourrait apparaître dans une nouvelle historique anglaise si on laissait de côté les fantômes aperçus par Mercy. Contrairement à la plupart des lives de fantasy, ces fantômes ne participent pas activement à l'intrigue. Ils sont extrêmement important, puisque ce sont eux qui mèneront Mercy sur le chemin de la vérité, mais ils dont partie d'un autre univers et ne peuvent donc pas interagir avec les personnages principaux.
Mercy est une fillette extraordinaire. Elle peut non seulement voir des fantômes, mais elle a surtout une grande force de caractère qui la pousse à vouloir connaître l'histoire de sa famille et obtenir des réponses à ses questions. Elle doit se battre pour y parvenir et elle ne peut compter sur personne d'autre que sur elle-même. Claudius est-il bon ou mauvais? Son père essaie-t-il de la protéger ou de l'emprisonner? Et peut-elle faire confiance à Charity, sa petite soeur? Les décisions qu'elle a à prendre sont difficiles et le chemin sur lequel elle s'aventure et semé d'embûches.
Nous découvrons petit à petit l'univers étrange dans lequel vivent les Verga et la manière dont leur vie reste la même jour après jour, glacée dans une obscurité et un hiver constants. Puis, nous recevons des informations concernant leur passé et les événements terribles, survenus des années auparavant, qui ont changé leur destin pour toujours. En voyageant à travers le temps, Mercy fait ce qu'elle pense être le mieux pour sa famille, mais elle a peu de temps car Trajan, son père, a mis en place un stratagème ingénieux pour l'arrêter.
Le suspense est conservé tout au long de l'histoire, pendant que nous voyageons entre les beaux jours de gloire d'antan de Century et le lieu froid et désolé qu'il est devenu. L'intrigue se met en route lentement, soulignant ainsi la monotonie de la vie de Mercy et Charity ainsi que le contraste entre leur présent et leur passé, mais les événements s'enchaînent ensuite d'un rythme de plus en plus rapide.
Le thème de l'histoire de famille est abordé et Sarah Singleton se penche sur l'importance de l'écriture, des souvenirs et des histoires dans la vie de tout un chacun. Ce roman est très bien écrit, l'histoire développée avec art et équilibrée entre les éléments de fantasy et les faits plus réels, l'atmosphère plaisante et les personnages sont très attachants. La traduction est excellente, rendant fidèlement les différentes ambiances décrites dans l'histoire ainsi que la psychologie des personnages. Bien qu'écrit au départ pour un public jeune, les adultes qui s'intéressent à un peu de fantasy apprécieront eux aussi sans doute ce livre.



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